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Open Access

par Isabelle Gouat - publié le , mis à jour le

"Ce matin, la revue Science a publié une petite bombe * qui va exploser dans de très nombreux laboratoires de recherche...

En voici quelques extraits édifiants :
L’un de ses journalistes, John Bohannon a concocté un faux article de recherche pharmacologique [...] Pourtant, le Journal of Natural Pharmaceuticals a accepté de publier cet étrange article...Et surtout, 157 des 304 revues contactées ont accepté la publication d’une version quasi identique [...]
Toutes ces revues sont électroniques uniquement, en open access (accès libre sur internet) et publient contre paiement par l’auteur, c’est l’un des modèles économiques de la "voie dorée"...
Lire également l’interview de Jean-Claude Guédon, Université de Montréal sur ce sujet...
Parmi les revues qui ont accepté le canular, certaines sont éditées par des géants de l’édition scientifique comme Elsevier, mais aussi par l’Université de Kobe [...]

Or, les revues en accès libre ont aussi fait l’objet d’une prédation capitaliste. Des sociétés privées ont fondé en quelques années des milliers de revues. La liste du DOAJ (annuaire des revues en open access) affiche déjà plus de 9.900 revues ; dont 1000 enregistrées en 2012 [...]

Ces revues n’ont en réalité, malgré les proclamations, aucune qualité scientifique, et peuvent publier absolument n’importe quoi [...]

Elles singent les revues scientifiques classiques - et souvent leurs noms avec des American et des European cachant des adresses en Turquie ou au Pakistan, le plus gros paquet de revues testées se trouvant en Inde, suivi... des Etats-Unis [...]
Or, 45% des revues de cette liste du DOAJ auxquelles le papier bidon a été envoyé l’ont accepté [...]

Un exemple de ces revues douteuses, sans lien avec l’expérience menée parScience ? Le Journal of Geological Research (une pas très subtile copie de l’acronyme du très coté JGR, Journal of Geophysical Research) [...] C’est l’une des 567 revues publiées par le groupe Hindawi fondé en... 1997 [...] Un groupe qui fait partie de la liste noire des "éditeurs prédateurs" tenue à jour par Jeffrey Beall, de l’université du Colorado à Denver (82% des journaux de cette liste contactés par Bohannnon ont accepté le papier bidon). Un groupe qui affiche un bénéfice monstrueux, 3,3 millions de dollars pour les six premiers mois de 2012, mais surtout correspondant à 52% de son chiffre d’affaires ! Un truc à rendre dingue n’importe quel capitaliste sur la planète. [...]

Est-ce grave ? Oui, car ce système entre en synergie avec certains défauts des politiques actuelles de gestion de la recherche (publish or perish, folie classificatoire, réduction des crédits aux laboratoires et abus du financement par appels d’offres). Est-ce majeur ? Non... pour l’instant. Ces revues n’ont bien sûr aucun crédit dans les labos sérieux. Pourtant, des chercheurs y participent déjà par milliers, comme auteurs, relecteurs, membre d’un comité éditorial (cela fait bien sur le CV). Des chercheurs « paniqués », explique Jean-Claude Guédon... ou « pas très éthiques ».[...]
regardons le comité éditorial et l’advisory board du Journal of Natural Pharmaceuticals (du groupe Medknow company, basé à Bombay en Inde et qui possède déjà 270 revues, acheté par le groupe géant néerlandaisWolters Kluwer en 2011, ce qui montre que le modèle prédateur peut s’intégrer aux géants de l’édition scientifique, brouillant les cartes et mêlant sérieux et pas sérieux). Ce journal qui a accepté l’article bidon d’Ocorrafoo Cobange affiche à son comité éditorial une étrange liste composé de noms turcs pour l’essentiel, mais aussi dans son advisory board Marie-Aleth Lacaille-Dubois, de l’Université de Bourgogne, bardée de titres et experte à l’AERES ( ici son CV), [...]

Que faire ? Le ménage bien sûr. Le véritable propriétaire du Journal of Natural Pharmaceuticals , le groupe néerlandais Wolters Kluwers, informé par Bohannon, a déclaré vouloir fermer le journal. Mais l’appétit d’argent est toujours là. C’est ce qui fit accepter le papier bidon par le Journal of international Medical Research de l’éditeur géant Sage, contre une demande de paiement par l’auteur (pauvre Cobange) de 3.100 dollars. C’est faux ? Pas grave du moment que vous payez. Il faut donc aller plus loin afin de sauver l’idée de l’open access et d’éradiquer la gangrène qui le menace, mais menace aussi l’usage de la science par la société.
Comme l’explique Guédon, la seule solution réaliste, pérenne et raisonnable serait que la recherche publique, financée sur fonds publics, soit dotée de crédits pour organiser la publication des résultats des recherches avec un système purement académique où les comités de lectures seront formés dans la transparence et avec des critères fondés sur la seule qualité des chercheurs. Pour qu’un tel système qui doit permettre l’accès gratuit sur internet de tous les chercheurs et des citoyens à la science produite par la recherche publique, ne soit pas engorgé, il faut mettre fin à l’évaluation bibliométrique stupide des chercheurs, et viser une stratégie de diffusion des résultats fondée sur leur importance et la qualité plutôt que sur le nombre d’articles
[...]
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/10/open-access-du-r%C3%AAve-au-cauchemar-.html

— 
*Who’s Afraid of Peer Review ?
• John Bohannon

Science 4 October 2013. Vol. 342 no. 6154 pp. 60-65
DOI : 10.1126/science.342.6154.60
http://www.sciencemag.org/content/342/6154/60.full

Post-scriptum :

Lire aussi :

plusieurs réponses à ce buzz
https://www.martineve.com/2013/10/03/whats-open-got-to-do-with-it/

http://www.h2mw.eu/redactionmedicale/2011/11/Perec_FR_tomato%5B1%5D.pdf

L’interview de Guédon
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2013/10/open-access-du-rêve-au-cauchemar-bis.html